Sortie : 3 aout 2011
Genre : comédie
Réalisateur : Nick Hamm
Durée : 01h54min
Pays : Royaume-Uni
Voilà un film que j’attendais pour la présence d’un acteur bien spécial : Robert Sheehan. Le jeune homme a assuré sur deux saisons le rôle du bout-en-train insolent dans Misfits. Cette série anglaise a gagné le Bafta Award de la meilleure série dramatique dès la fin de la 1ère saison. Des jeunes effectuent leur TIG lorsqu’un drôle d’orage éclate, et, touchés par la foudre, ils se retrouvent avec des supers pouvoirs. Bon, ces pouvoirs sont complètement en lien avec leurs fails personnels, ce qui rend la chose bien plus intéressante que tous ces Marvels qu’on nous remake en ce moment…Ce super acteur était donc devenu un pilier essentiel de la série quand, remarqué par le cinéma, il a fait le choix de la quitter. Il a d’abord fait une apparition aux cotés de Nicolas Cage chez les Templiers, et le voilà dans le rôle d’un rocker des années 80.
L’histoire (vraie) : A Dublin, en 1976, les deux frères McCormick rêvent de devenir rock star. Le plus jeune, Ivan, auditionne pour le groupe de Paul David Hewson, leur camarade de classe, et est pressenti comme 2e guitare. Toutefois, Paul en parle d’abord à Neil, le grand frère d’Ivan, pour lui demander son accord. Celui-ci refuse et demande de taire la vérité. Ils forment donc un groupe, Shook Up, avec son petit frère à la guitare, lui au chant, et tente de percer par tous les moyens. De son coté, Paul change de nom, pour « Bono » et se fait connaître avec son groupe, U2. Une course à la célébrité commence dans la tête de Neil et lui fait prendre les pires décisions au monde…
La musique de U2 ne me touche pas et je ne serai pas aller voir un film qui leur aurait été dédié. Mais là, Killing Bono, c'est un peu de rivalité, une bande son sympa, des acteurs vraiment marrants, tout ce qu’il faut pour passer un bon moment. Pas plus que ça néanmoins : c’est un bon divertissement, ça passe tout seul, et heureusement, l’énervement de Neil et sa rage naturelle contrebalance la grande gentillesse de Bono, bien trop sage et altruiste pour nous séduire. Vous sourirez surement mais vous ne serez pas non plus transportés de bonheur.
Dès que j’ai vu la bande annonce, j’ai su ! Le même réalisateur que The Chaser!
Peut-être avez-vous eu l’occasion de voir ce film de Hong-Jin Na, sorti en 2009, récompensé à plusieurs reprises, et qui était déjà d’une maîtrise hallucinante pour une première œuvre ? Un ancien flic reconverti en mac s’inquiétait de voir ses filles disparaître et se mettait sur la piste d’un véritable tueur en série, le tout sur quelques heures seulement. C’était fortement sombre : les personnages, leur vie, l’ambiance. Une violence montrée, des courses poursuites, un rythme soutenu et du suspense. J’étais sortie de là quelque peu dégouttée des scènes sanglantes empreintes de fureur, et en même temps, super enthousiaste. Drôle de paradoxe d’ailleurs quand on connaît la fin…
Et voilà donc l’histoire de The Murderer, baptisé à l’origine The Yellow Sea : Gu-Nam est un chauffeur de taxi à Yanji (Chine), endetté depuis qu’il a payé le visa de sa femme pour la Corée. Il joue le soir, perd, boit, se fait harceler par ses créanciers. Myun le repère et lui propose de payer sa dette en échange d’un service. Ce parrain, vendeur de chiens, lui demande d’aller en Corée tuer quelqu’un, ainsi il pourrait, « tous frais payés », en profiter pour retrouver sa femme qui ne donne plus de nouvelles depuis plusieurs mois. Il accepte, traverse la mer, et se retrouve nez à nez avec d’autres tueurs, le tout poursuivi par la police.
On retrouve le même duo d’acteurs principaux que dans The Chaser: cette fois Kim Yun-seok n’est plus mac et sauveur improvisé, mais vendeur de chiens et gangster presqu’immortel (Myun), et Jung-woo Ha n’est plus tueur en série impuissant mais pauvre chauffeur de taxi, embauché à l’arrache pour tuer quelqu’un (Gu-Nam). Merveilleux dans chacun de leurs rôles, vous ne tarderez pas à reconnaître vous aussi leur talent. Le réalisateur a pensé à eux au fur et à mesure que le scénario avançait, et ne voyait pas d’autres acteurs incarner ces rôles.
The Murderer est classé dans la catégorie Thriller ; ses courses-poursuites et ses bastons le font aussi entrer dans la case Action. D’ailleurs, les affiches des deux films sont similaires et donne le ton : ça court !
Le film est souvent monté comme un clip : les moments longs comme les plus rapides, quelques secondes à peine pour un plan. Et pour cela il a dû falloir beaucoup, mais alors beaucoup d’images…! Grâce à cela, on pige par exemple très vite l’atrocité du voyage clandestin: le trajet en bus, les passeurs, la nuit, la pluie, un bateau, deux bateaux, le mal de mer à fond de cale, l’espoir mis à mal des autres clandestins…Après avoir passé une première partie dans la pauvreté du Yanbian en Chine, dans des paysages durs et secs, en monochrome de gris marronnasse, on est carrément plongé dans une dimension un peu trop réelle. Pas de pathos pour autant, mais une envie de vivre présente à chaque coup de couteau. Et oui, quand notre personnage rencontre d’autres tueurs chargés de la même mission, il défend son bout de gras. Dès lors la fuite commence, extrêmement bien dosée et intense. D’autres ennemis s’ajoutent de plus en plus nombreux, et de plus en plus vite. Parallèlement les deux commanditaires du meurtre se rencontrent, se poutrent mutuellement, à coup de haches, de couteaux, d’os décharnés (les gangsters mangent vrai et c’est pas des petits buckets de chicken wings !). La puissance des bastons, comme des poursuites, grimpent à coups de multiples carambolages de voitures, de camions qui se retournent, de meutes de flics ou de gangsters qui courent après un seul homme, le sang gicle, les os se brisent et s’écrasent..
Le réalisateur nous fait décompresser du stress grimpant en pointant le comique de certaines situations : avec ses personnages qui titubent, qui ne conduisent plus très droit ou qui affichent simplement un air blasé après avoir tué, en slip, trois assaillants à coups de hache.
Il est étonnant de constater dans un film de ce style, la richesse des thèmes abordés, et la caractérisation des personnages. Le réalisateur nous sensibilise à la misère d’un peuple et à son identité particulière, les « Joseon-jok », au périple des clandestins, il nous (re)plonge dans l’univers du banditisme, (ré)utilise la police pour courser notre héros sans pour autant l’attraper, et nous plombe un peu de fatalisme.
Sous-jacent, le thème de la jalousie mène le jeu: Gu-Nam est assailli de rêves où sa femme fait l’amour à un autre, cauchemars fortement alimentés par l’avis que tout le monde se permet de lui donner sur le silence de cette dernière. Myun n’est qu’un intermédiaire pour faire tuer un mari par un amant, et Kim Tae Won veut se venger car sa femme l’a trompé avec son associé.
Ce film supplante le premier, ce qui était quand-même un sacré défi. En intensifiant tous les bons ingrédients de la recette, on obtient un rythme soutenu, un récit très visuel, un crescendo de l’intrigue, des poursuites et bastons, une apothéose de sang et de poutrage, et une fin dramatique qui nous recentre sur le dénuement et l’étonnant courage dont fait preuve Gu-Nam, et ceux qu’il représente, pour lutter contre une fatalité bien triste.
Quand-même, les films de Hong-jin Na, vraiment… « C’est le darkness, adieu à l’allégresse » comme dirait l’autre…